J'ai mis Hood et c'était un peu comme si les rues étaient abandonnées, désertées. Comme si les gens n'existaient plus ou se fondaient dans le gris l'ennui et le béton. A moins qu'ils n'aient disparu, comme les roses fanées du carrefour où je tourne à droite. Je les regardais les roses, en attendant la flèche clignotante orange, celle qui permet de tourner sans attendre le feu vert.
Les autres roses étaient oranges et roses. Mais sales. Des couleurs sales, comme voilées par le gris des nuages. Les feux aussi étaient sales, poussiéreux.
Vers le port c'est le pire endroit, après avoir tourné au carrefour avec le feu à la flèche orange clignotante. Le port, un de ces ports improbables, situés en pleine ville à des centaines de kilomètres de la mer, à gauche de la route il y a ces tas de ferrailles rouillées et ces bâtiments délabrés qui semblent quand même abriter des bureaux, des gens je ne sais même pas s'il faut dire être humain j'ai du mal à les imaginer mais sûrement bien sûr. Parfois je me dis qu'ils doivent être aussi poussiéreux que les vitres, ou ternes, comme les déchets métalliques en tas informe à coté.
J'ai mis Hood et le ciel n'a changé en rien. Je me suis perdu dans mes pensées et je suis presque arrivé. Au virage, quand on débouche sur les barres HLM, le gris du ciel faisait des vagues mais je n'avais pas mon appareil, c'est dommage je l'avais enlevé la veille du sac à dos quel idiot.
J'écoutais toujours Hood. Je voulais prendre les roses fanées, en noir et blanc. Je voulais prendre les voitures. Je voulais prendre le ciel. Celui qui m'a fait écouter Hood.
Et puis il a plu.