mardi 25 septembre 2018

643 Grey sky (Gentle Despite)

Gentle Despite : Darkest blue (Album : Air balloon road 1990) On a encore perdu la lumière. Temps de campagne anglaise. Jour de vent et de gris. L’impression d’être de plus en plus en apnée durant ces mois éteints. On voit moins bien aussi, la vue baisse, possible que ça joue, on a besoin de plus de lumière. C’est raté. C’est pas le tout de refaire la maison, il faut encore pouvoir la remplir. Mais après, la pluie, le vent, on a déjà dit ça cent fois. C’est pourtant le temps idéal pour écouter une compilation Sarah Records, un lundi après-midi de RTT où s’affaissent les volontés devant un thé au lait et quelques gâteaux et ce n’est peut être pas plus mal. C’est peut être comme cela qu’ils sélectionnaient leurs groupes, assis devant un thé en regardant le ciel uniformément gris derrière la fenêtre. Même si, les mêmes chansons accompagnent idéalement un rayon de soleil léger à l’aube du printemps. Ces jours là on ne s’accroche à rien, sautant d’un disque à l’autre, trois accords sur le piano, les doigts trop raides, on regarde les vinyles, ressort une vieillerie pas écoutée depuis longtemps, qui ne colle pas plus que le reste, on joue sur les contrastes, le sax de Coltrane à suivre, les grincements de Beefheart qu’on réécoute méthodiquement depuis deux jours, chronologiquement, comme un voyage qu’on aurait envie de refaire des années après, mais Beefheart sera pour ce soir, quelques minutes sur de vieux disques électros remontés à la surface ce week-end sans que l’on sache pourquoi et sait t’on jamais pourquoi. Jusqu’à cette compilation. Celles de Sarah Records font parties des rares compilations qui aient un sens. De celles qu’on garde précieusement (par chance, celle-ci est sur Spotify). Un peu comme celles de Cherry Red records au début des années 80 (et c’est à se demander si la pochette d’Air Balloon Road n’y fait pas référence)(les cerises rouges), tant pis pour les plus jeunes qui ne comprendront pas. De toute manière les Gentle Despite n’ont jamais sorti que deux singles chez Sarah (ils nous les rééditent quand ils veulent les singles, dans un beau coffret, avec des vrais 45T, on hésiterait pas pour le chèque), il fallait bien une compil pour en garder la trace. Dehors il fait toujours aussi gris mais la nuit masquera bientôt le ciel. On a perdu la trace des Gentle Despite comme on a perdu la trace de la lumière aujourd’hui. C’est pour cela que les deux allaient bien ensemble.

dimanche 7 février 2010

Warning








WARNING


This is an announcement from genetic control


Après près de neuf ans passé avec blogger, il était temps pour cette page de se moderniser un peu et de migrer sous Wordpress.

Cette page ne sera donc plus mise à jour.

L'adresse du blog ne change pas et reste http://kmskma.free.fr/. Toutes les notes ont été migrées sur wordpress. Mais l'ancienne page (celle-ci)(suivez un peu) restera accessible à cette adresse : http://kmskma.free.fr/oldkms.html.

Il est fortement conseillé, si vous souhaitez continuer à être informé des mises à jour du blog, d'actualiser (sous peine de sombrer dans un état de putréfaction avancé en agonisant dans d'atroces souffrances (au moins))(donc mettez à jour) le FLUX RSS2 ou FLUX RSS dans vos agrégateurs puisque celui-ci est différent .

Les commentaires restent accessible ici jusqu'à la fin de l'année mais n'ont pas été migrés vers Wordpress.



Rendez-vous sur Kill Me Sarah.



vendredi 5 février 2010

642 Bruit de fond ( Cluster)


Cluster : Plas (Album : II 1972)

Les pensées brouillées par des bruits de fond incessant à 360°. Pollution sonore silencieuse. Trop de choses, là, en même temps, pour des neurones fatigués. Est-ce tout ce que l'on perçoit du monde extérieur quand on le comprend de moins en moins.

Sur la route en rentréant du bureau, tout à l'heure, sur un local de la municipalité ou de son opposition après tout peu importe, des affiches pour inciter au "débat", avec des guillemets obligatoires, Pour ou contre le tri sélectif?.

Laisser une pause pour permettre de bien mesurer la profondeur de la question. Pour ou contre le tri sélectif? Est-ce que l'on est seulement en état de se poser la question? A t'on encore le choix? On imaginera bien les citoyens drapés dans leur égoïsme écrasant, venant témoigner sur la complexité de ce tri, mais à quoi ça sert?. Le seul fait d'imaginer que la question puisse faire débat, le seul fait de la poser, l'imprimer, de l'afficher, donne une idée du chemin restant à parcourir. Chemin dont on peut douter foncièrement arriver au bout un jour (ou alors quand il n'y a plus sur la terre que du beurre fondu comme disait machin). On ne la regrettera pas l'humanité. On ne sera plus là pour ça de toute manière. Faut-il préciser qu'il s'agit d'une des pires communes de la "droititude" en île de france, juste derrière Neuilly, gérée par un de ces mauvais vendeurs de pizzas froides. Pas certain non plus que la "gauchitude" fasse "mieux" en matière de démagogie minable. Pensées en vrac, sans intérêt, mauvaise humeur vaine et inutile.

Bruit de fond. On en était aux bruits de fond. Il y a un bouquin de Don Delillo (du grand Don Delillo) dont c'est le titre français. Bruit de fond. Tiens il parle de pollution d'ailleurs ce bouquin, mais c'est sans rapport. De pollution et d'angoisses. Le titre anglais est White noise. Bruit blanc. Un peu ce que l'on entend par instant sur les bricolages électroniques de Cluster. Ce disque de science fiction du passé, sous ses apects brouillons et inquiétants, a des facultés apaisantes écouté à fort volume. Juste ce qu'il fallait.

mercredi 3 février 2010

641 Je me souviens #20 ( Roxy Music : In every dream home a heartache )


Roxy Music : In every dream home a heartache (Album : For your pleasure 1973)

Je me souviens de Fluide Glacial à ses début, vers 76/77. Je l'achetais spécialement pour les planches rock de Solé, Gotlib et Dister, racontant une chanson ou un groupe en dessins. J'adorais lorsqu'ils racontaient une chanson, en traduisant les paroles et en les illustrant.

Ce n'était pas toujours simple de comprendre ce qu'elles racontaient les chansons, mon niveau d'anglais, malgré des efforts remarqués dans cette matière, n'était pas encore suffisant. On ne trouvait pas non plus les paroles sur toutes les pochettes. Disposer d'une traduction était rare. L'idée devait venir de Dister, photographe et journaliste à Rock & Folk qui avait vécu le flower power et le mouvement hippie de l'intérieur en ayant couvert tous les festivals majeurs de la fin des sixties et du début seventies.

Ces pages là, je finissais par les connaître par coeur à force de les lire, allongé sur le lit étroit de la petite chambre chez mes parents. Avec ces dessins débordant de détails. Elles faisaient rêver doublement puisqu'elle puisaient leur inspiration dans la musique écoutée. Ils avaient décortiqués les Who, les Beatles, Zappa, Pink Floyd, le punk (c'était l'époque), Genesis, Magma, Patti Smith... Dans le n°16 d'octobre 77 (on notera sur le coté gauche de la 4ème page le petit hommage à la mort d'Elvis survenue deux mois plus tôt), c'était le tour de Roxy Music.

Même si à l'époque, je ne connaissais que Country Life et pas seulement pour des raisons musicales (Cf. la pochette), sans encore l'avoir. Cette bande dessinée elle, m'aura fait acheter For your pleasure, le merveilleux 2ème album de Roxy Music. Eno était encore là mais plus pour longtemps. Sur la pochette, on voyait une Amanda Lear dominatrice, promenant en laisse une panthère noire. For your pleasure.

In every dream home... la chanson terminait la première face, sur ce tempo lent et pesant, avec cet orgue inquiétant et les touches discrètes du saxophone d'Andy MacKay en arrière plan. Bryan Ferry en dandy oisif et dépressif, y raconte sa solitude pesante (et sexuelle) dans sa somptueuse demeure. Il explique comment il se commande une poupée gonflable par correspondance pour y remédier, et devient amoureux d'elle. Les quatre planches ci-dessous (cliquer dessus pour les voir en grand) racontent ça bien mieux que quelques mots.

On peut presque y voir une préfiguration en forme de parabole de la virtualité de certaines relations amenées par internet et des fantasmes suscités par l'autre derrière son écran. Pourtant la chanson date de 1973. Même le minitel n'existait pas encore.

Les quatre pages illustrent avec beaucoup d'humour et de détails foisonnants cette chanson. C'était un peu étrange de découvrir une chanson sans l'écouter, mais lorsque je l'ai entendue pour la première fois, la musique collait parfaitement avec ce que j'avais imaginé. Même si l'allusion sexuelle de la fin de la chanson (I blew up your body, but you blew my mind...) m'avait échappée (si je puis dire...).

Il m'est impossible, après toutes ces années, de l'écouter sans revoir Bryan Ferry se débattant avec sa poupée gonflable, ou se tripotant la nouille, même si quelque part, cela enlève une partie du coté dramatique de la chanson.

(Pour ceux que ça intéresse, un album, Pop, Rock et Colégram, malheureusement épuisé depuis bien longtemps, compilait toutes ces planches. Il est parfois trouvable d'occasion)

    

    

lundi 1 février 2010

640 Rien #3 ( Can : Dizzy Dizzy )


Can : Dizzy Dizzy (Album : Soon over Babaluma 1974)

©Photo KMS 2009

"Je me souviens. Si je n'oublie, car il existe aussi tout un charnier de mes anciennes cellules cérébrales, de mes cellules photographiques, de tout ce que j'ai pu éliminer, larguant ce qui m'encombre, même si les souvenirs douloureux ne font pas nécessairement partie des souvenirs encombrants. Mais toujours le souvenir entraîne l'inquiétude, la crainte de me perdre en perdant ce que je veux garder et même si je pouvais, spéléologue, m'avaler dans la caverne de ma propre gorge, descendre avec mon oeil et mon âme dans les chairs friselées, ondulées, crépues, nervurées de l'oesophage, jusqu'au plus noir, au plus profond de mes entrailles."
Gabrielle Wittkop : Chaque jour est un arbre qui tombe

samedi 30 janvier 2010

639 Les samedis musicaux #13 : Fais le toi-même ( The Normal : Warm leatherette )


The Normal : Warm Leatherette (AlbumSingle : T.V.O.D./Warm leatherette 1978)

Il y avait bien eu avant, le premier singles des Buzzcocks, Spiral scratch, sorti en janvier 77 sur leur propre label (New Hormones) et c'était un des premiers groupes punk à procéder de la sorte. Il y avait aussi eu The Residents à San Francisco et leur label Ralph Records dès 1972. En France, Richard Pinhas avait déjà lui aussi son label Disjuncta dès 72.

Mais un des groupes qui a vraiment lancé le mouvement DIY (pour Do It Yourself)(fais le toi-même) en Angleterre, ce sont les Desperate Bicycles avec leur premier single, Smokescreen/Handlebars, sorti en mai 77 sur leur label Refill Records créé pour l'occasion.

Il leur en avait couté 153£ (et non pas 125£ comme le dit Simon Reynolds dans Rip it up and start again) pour réaliser les 500 exemplaires. A la fin d'Handlebars ils chantaient leur mot d'ordre : It was easy, It was cheap, GO AND DO IT!!!". Un équivalent au fameux Here's three chords... now form a band, le manifeste punk paru dans le fanzine Sniffin' Glue fin 76.

Au dos de leur 2ème single (153£, regarde Simon, c'est marqué) sorti quelques mois plus tard, ils enjoignaient les acheteurs du single à faire de même (cliquer sur la pochette). Le Melody Maker leur avait consacré un article où ils expliquaient comment faire simplement un disque. C'est d'ailleurs ce mot d'ordre et cette façon de faire qui sont restés plus que leur musique (on peut écouter). Ils furent légion à suivre leur conseil. Le mouvement DIY allait exploser et être un des fondements essentiels du mouvement post-punk, et être à la base du développement des labels indépendants.

C'est là où Daniel Miller entre en scène. Miller était un passionné de musique allemande, Can, Faust, Kraftwerk...A la suite de l'article du Melody Maker il s'achèta un synthé Korg d'occasion (un 700S) et enregistra deux titres dans sa chambre sur un magnéto à bandes 4 pistes. Dès le départ, sa démarche était de vouloir sortir sa musique sur son propre label.
Mute était né et son single sorti en novembre 1978 sous le nom de The Normal porte référence MUTE 001. Comme pour beaucoup de ces petits labels, la distribution était assurée par la boutique Rough Trade (et le label qui démarrait à peine).

Warm Leatherette, avec ses gros sons de synthés analogiques et son beat répétitif, est un chef d'oeuvre irrésistible d'electro-pop/punk, d'une modernité toujours aussi efficace même plus de trente ans après. Influencé par le Crash de J.G.Ballard (d'où la photo de la pochette), la chanson raconte l'histoire d'un couple faisant l'amour en urgence dans leur voiture accidentée en train de bruler. Le titre Warm Leatherette, évoquant le revêtement des sièges en train de fondre sur leur peau.

Ce n'était pourtant que la face B du single. Sur la face A on trouvait T.V.O.D. dans la même veine musicale que sa petite soeur.

Le single se vendit à 30 000 exemplaires et influença énormément la scène synthpop et plus tard électro. Étrangement (ou pas d'ailleurs), Miller arrêtera là sa carrière musicale (malgré quelques collaborations éparses) et se consacra à son label en signant Fad Gadget puis rapidement le duo Allemand de D.A.F. et plus tard les principaux artistes de la scène synthpop qu'il avait contribué à faire émerger avec T.V.O.D./Warm Leatherette, dont Yazoo, Erasure et surtout un petit groupe de Basildon qui reste le plus gros succès du label (et aussi un des plus fidèle puisque Depeche Mode est toujours chez Mute).

On pourrait réécrire l'histoire en disant que j'ai acheté le single à sa sortie. Mais la première fois que j'ai entendue cette chanson, elle était chantée par Grace Jones au début des années 80... sans même connaître alors la version originale...

(Les curieux pourront se procurer cette belle (comme d'hab') compilation Soul Jazz Records sur le mouvement D.I.Y. anglais)

jeudi 28 janvier 2010

638 Too much ( American Music Club : Will you find me? )


American Music Club : Will you find me? (Album : Mercury 2003)

On se voit comme sur une photo en couleur, assis par terre dans une pièce au parquet déjà usé. On a le regard perdu derrière la fenêtre. Le temps passe, la pièce est vide, la photo perd ses couleurs, devient en noir et blanc,elle vieillit. Un noir et blanc un peu sale. Alors on se lève et on quitte la photo, en époussetant ses épaules de la poussière accumulée durant toutes ces années. On aperçoit fugitivement dans le miroir accroché sur le mur de la photo, les cheveux gris qui n'étaient pas là avant. On sort du cadre. Dehors le ciel est gris.

Elle ressemble à ça cette chanson de Mark Eitzel, perdue à la fin d'un disque, en fin de face. Après des bleep informatiques, plus de rêves et d'espoirs.

On écoute trop de disques. Abondance de biens ne nuit pas. Mais... On ne se fabrique plus de souvenirs pour le futur. Tout se noie dans un flux musical incessant. On ne prend plus le temps, de passer un moment avec les disques. On passe au suivant tout de suite. On va où comme ça? Surtout, on cherche quoi? A se demander si bientôt les disques n'auront pas une date limite de consommation imprimée sur la pochette. A écouter avant le... Ensuite ton disque est moisi tu n'as plus qu'à le jeter.

Je sais bien, rien n'oblige d'écouter toutes ces nouveautés. On les a là, sous le nez, c'est tentant. On ne passe plus assez de temps avec un disque. Encore faut-il qu'il en vaille la peine. C'est une autre question. On espère toujours, en trouver un nouveau, qui nous fasse vibrer comme d'autres avant. On espère toujours. Mais à trop espérer on ne garde rien.

On consomme. C'est le problème, quand ça devient un objet de consommation. On consomme. Les biens de consommation sont périssables. Il en restera quoi dans cinq, dix ans. On oublie trop, trop vite, à trop en vouloir. Il ne faut pas négliger ses souvenirs futurs.

mardi 26 janvier 2010

637 Cello song ( Hildur Guðnadóttir : Elevation )


Hildur Guðnadóttir : Elevation (Album : Without Sinking 2009)

Janvier. Le froid revient nous mordre un peu plus. Ce mois n'aura été que morsures. Que mort tout court. Est-ce pour cela ce besoin de silence et de musiques instrumentales aux paysages balayés par le vent?
Celle d'Hildur Guðnadóttir vient du froid. D'Islande. Mais ses notes ne bouillonnent pas à la manière des geyser, elles flottent dans le vent froid et tourbillonnent.

Le son de son violoncelle, léger et dur en même temps, comme une pierre ponce, court sur la peau en frissons dangereux. Les filles et leur violoncelle ont quelque chose d'une sensualité floue qui fascine. Peut être la position de l'instrument, serré entre leurs cuisses ouvertes, la danse des doigts ou du bras tenant l'archet et caressant les cordes. Un grain sonore plus palpable, comme une voix rauque, à la Anna Mouglalis, de celles qui te titillent le bas de la colonne vertébrale.

On imagine bien, l'hiver, dans les hautes terres, le vent balayant la lande de pierres et de lichens, déserte sous un ciel gris par conviction, le frottement de l'archet comme des rafales de vent froid. Musique de solitude, d'intimité envoutante et pure, semblant s'évaporer en volutes comme la vapeur des sources chaudes de son pays, sous le mouvement ralenti des nuages.

Lenteurs spectrales aux feu follets éphémères, échos irisés d'aurores boréales glacées, on écoute cette musique comme on rêve de voyages improbables vers des bouts du monde aux nuits sans fin.

On est bien loin ici du rock encore une fois, malgré le fait que la jeune Hildur ait collaboré avec Múm ou Pan Sonic, mais ce disque aussi discret qu'il est superbe est le préféré de Stephen O'Malley de Sunn o))), qui doit trouver dans cette musique un apaisement à ses drones telluriques.

Janvier. Je n'ai pas envie d'entendre chanter. C'est peut être la saison qui veut ça. Ou une lassitude larvée. Je veux du silence. Juste sentir le frôlement de l'archet sur la peau, et le vent froid, celui qui pique les yeux.

lundi 25 janvier 2010

636 Rien #2 ( Boards of Canada : Music is math )


Boards of Canada : Music Is Math (Album : Geodaddi 2002)

©Photo KMS 2009

"Les paroles me semblaient incomplètes. Les voix des gens commençaient et s'arrêtaient de manière inattendue. Je ne pouvais pas en distinguer le rythme. Mais l'écriture coulait bien sûr. Elle semblait animée d'un mouvement de haut en bas, en même temps que de droite à gauche. Si les caractères grecs ou latins sont des dalles, l'arabe est une pluie."
Don Delillo : Les Noms

samedi 23 janvier 2010

635 Les samedis musicaux #12 ( Julie Driscoll & Brian Auger : When I was a young girl )


Julie Driscoll Brian Auger & The Trinity : When I was a young girl (Album : Streetnoise 1969)

Julie, je l'ai connue Tippett avant de la connaître Driscoll. Il a fallu des années avant de l'écouter sous son nom de jeune fille. Tippett parce qu'elle a épousée le pianiste Keith Tippett il y a bien longtemps. Un pianiste de jazz expérimental, que l'on peut entendre sur les Lizard et Islands du King Crimson de mes 15/16 ans. Pas hier. Qui fait maintenant des concerts solos sur piano préparé absolument superbes (on en reparlera un jour).

A partir du moment où elle a été mariée à Keith Tippett, Julie Driscoll n'a pas seulement changé de nom, elle a aussi fait évoluer sa musique vers des versants beaucoup plus jazz (voire expérimentaux) que précédemment, lorsqu'elle était plutôt une chanteuse de folk/blues au sein du groupe de Brian Auger.

On est en Angleterre, dans les sixties, Brian Auger fait évoluer son jazz (John McLauglin a fait partie de son premier groupe) vers des sonorités plus commerciales, propre à l'époque, une sorte de blues Anglais teinté de folk, frisant parfois dangereusement avec le progressif qui n'était encore qu'en gestation.

La chance de Brian Auger est d'avoir su recruter la jolie Julie Driscoll comme chanteuse. Si sa musique était loin d'être très originale, ni parfois même très passionnante, la voix de Julie Driscoll était comme le faisceau d'un projecteur trouant les ténèbres. Une voix évoquant Joni Mitchell sur les morceaux plus folk, et tutoyant les sommets de Nina Simone sur les blues, comme sur cette chanson lente, un traditionnel, chantée également par une certaine... Nina Simone (vidéo pour écouter sa superbe version)(et plus récemment par Feist (vidéo) mais un peu (sic) à coté de la plaque).

Là où Nina Simone ne force pas, impressionne par sa justesse, et vit littéralement l'histoire de cette fille perdue, Julie Driscoll dans toute sa blancheur de peau et sa jeunesse, va chercher au fond d'elle même l'émotion nécessaire pour raconter cette histoire tragique qui n'est pas la sienne. Même si l'orchestration de Brian Auger est terriblement datée sixties (ce son de B3...), la voix de Driscoll transcende la chanson, particulièrement dans la partie centrale où elle pousse sa voix et peut difficilement laisser indifférent.

Julie Driscoll quittera le groupe de Brian Auger en 1969 (qui donne encore des concerts à plus de 70 ans...), Streetnoise qui contient également une très belle version du All Blues de Miles Davis (et aussi une reprise du Take me to the water de ... Nina Simone) restera probablement leur plus belle réussite. Rien que pour cette version de When I was a young girl...

jeudi 21 janvier 2010

634 Rien #1 ( Kammerflimmer Kollektief : Mohn! )


Kammerflimmer Kollektief : Mohn! (Album : Hysteria 2001)

©Photo KMS 2008

"Je pense que même le bruit de mes pas et les airs du phonographe sont une forme de silence, et que le vacarme commence au moment où l’on se tait et où l’on entend les pensées des autres se déplacer à l’intérieur d’eux comme les pièces d’un moteur détraqué qui essaient de s’ajuster."
(Antonio Lobo Antunes : L’ordre naturel des choses)

643 Grey sky (Gentle Despite)

Gentle Despite : Darkest blue (Album : Air balloon road 1990) On a encore perdu la lumière. Temps de campagne anglaise. Jour de vent et de ...