100 Neil's yard part 2 : Teenage Fanclub : Neil Jung (Album : Grand Prix 1995)
si envahissante qu'il n'y a pas de place pour autre chose ou pour quelqu'un. Des samedi ou des dimanches à rêver à des amours improbables.
La pochette est une de mes préférées, une des plus belles pochettes du rock. On y voit Neil, pieds nus, sur une plage, de dos, avec un ciel un peu chargé, face à une mer sale, regardant vers l'horizon, avec l'aile de cette Cadillac dépassant du sable comme dernier vestige d'un monde en décomposition. Un parasol jaune, une table, deux chaises avec un tissu à fleur et un journal jeté sur le sable par le vent sur lequel on peut lire "Senator Buckley Calls for Nixon to Resign" (mais il ne faudra pas beaucoup d'années avant que Neil ne chante Even Richard Nixon has got soul dans Campaigner… alors que dans Ohio… mais c'est une autre histoire...). Cette photo est empreinte d'une solitude terrible et c'est peut être pour cela que j'ai écouté ce disque, en regardant par la fenêtre, parodiant la pochette dans l'espoir d'un mimétisme dérisoire, mais aussi parce que dans une chronique...
Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Et encore, rester à la maison était toujours mieux qu'un de ces foutus repas familiaux du dimanche midi chez la grand-mère. "I see a crowd of people but I can't face them day to day" et cette phrase tournait et tournait dans ma tête. Tu ne reprends pas de la viande? Pourquoi tu ne prends pas de fromage, de gâteau, de légumes de ce que voulez mais tu aimais bien ça quand tu étais petit pourtant je ne comprends pas que tu n'en veuilles pas l'envie terrible de fuir d'arrêter tout cela, je voulais qu'on me laisse tranquille moi, avec cette musique dans la tête et j'aurais pu lui expliquer quoi à la grand-mère. Lui chanter I ended up alone at the microphone et je comprenais parfaitement ce qu'il voulait dire dans la chanson éponyme, comme une douleur lancinante qui ouvrait la 2ème face. Toute la 2ème face est d'ailleurs plombée par une tristesse et une solitude terrifiante, celle que Neil Young ressentait après tous ces morts qui lui pesaient sur la conscience (voir Neil's yard part 1). Ou le And there ain't nothin' like a friend, Who can tell you you're just pissin' in the wind d'Ambulance blues et ces années là, des amis, je ne crois pas que j'en ai réellement eu. Isolé dans un monde dont je fermais moi-même les portes hermétiquement, ne soupçonnant pas que quelqu'un d'autre pouvait comprendre mes tourments solitaires et ce désert sentimental chronique. Désert et non des échecs car un échec c'est un non. Le vide c'est autre chose.
Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
dans une chronique de Rock & Folk on pouvait lire que ce disque était idéal à écouter les jours gris, see the sky about to rain, en regardant par la fenêtre. C'était exactement ça. Le disque idéal. Et Neil Young l'avait enregistré à la suite de Tonight the night, son album le plus sombre, tellement sombre que finalement On the beach sortira en premier, histoire de ralentir la descente aux enfers.
Mais quand même tu aimais ça avant répétait la grand-mère sans comprendre que cette époque était révolue, l'enfance... Oui adulte maintenant du moins je voulais ça, adulte, alors les attentions de la grand-mère non c'était fini. Adulte adulte et c'est avec ces maigres arguments que je réussissais à convaincre mes parents de me laisser seul à la maison
Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
seul à la maison lorsqu'ils partaient en week-end mais ce n'était pas pour faire la fête pour voir du monde non juste écouter les disques plus fort qu'à l'habitude et je finissais souvent encore, avec ce disque, en fin de journée, et cette pochette posée en évidence parce que la musique c'est aussi avec les yeux. Cet album m'obsédait tellement que j'avais fini par acheter le songbook pour avoir les paroles, et celui-ci était une merveille de graphisme psychédélique.
Il pensait à quoi Neil, en regardant cette mer terne. A se demander s'il n'avait pas envie d'aller s'enfoncer dans les vagues et ne plus voir cette Amérique dont finalement on trouvait ici trois symboles et pas obligatoirement les plus reluisants (la cadillac, la démission de Nixon avec le Watergate, une bouteille de bière Coors et il faut voir la tête des pubs pour cette bière…). Je me demandais s'il refusait le monde ou si c'était celui-ci qui se refusait à lui et probablement que je m'interrogeais de la même manière. D'ailleurs on le voyait bien sur la pochette, Neil Young était à coté de ses pompes.
Mais qu'est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Je cultivais silencieusement, derrière ma fenêtre, les terres stériles du jardin des frustrations adolescentes, ce fameux Teenage wasteland du Baba O'Riley des Who.
C'est pour ça que le Revolution blues de la première face était salvateur...
(à suivre)(très bientôt)
