421 Soft pavement : Siouxsie and the Banshees : Cascade (Album : Nocturne 1983)
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Parfois les trottoirs deviennent mous comme de la guimauve grise. On s'y enfonce comme dans des sables mouvants. On s'engloutit. On s'efface de la surface. On veut s'envoler et on s'enfonce. Jour après jour. Poids de tout. On en perd sa philosophie.
Quand j'entends la basse de Steven Severin le temps devient mou comme de la guimauve bleue. Ta la la la la ta la ta la ta ta en descente, tout est descente. Je m'engloutis dans le passé sur des chemins d'étés 83 ou 84. Le son de la basse. Rien que le son. Ta la la la la ta la ta la ta ta. En descente. Le son me rappelle les soirées en extérieur de ces années là, sous le ciel de la Bretagne. Je peux encore sentir l'odeur de l'herbe humide sur laquelle on s'allongeait après avoir dansé.
Il y a des disques que l'on n'a pas assez écouté, voire pas du tout.
Que cherche-t-on dans la guimauve bleue du temps? Ce que l'on n'est plus ou ce que l'on aurait dû être? Il est trop tard de toute manière. On s'enfonce dans des trottoirs qui ont la consistance du temps. Ou inversement. Seule la couleur change. Finalement.
Derrière il y a un arbre rouge, rouge automne. Rouge sombre. La couleur des feuilles est-elle la seule bonne chose de cette saison aux trottoirs mous et poreux. Le rouge et le jaune s'enfuient aussi. Pendant que l'on s'enfonce dans les trottoirs de guimauve grise.
On vit nos vie comme des saumons, remontant les cascades, pour aller mourir à la source.