Pylon : Crazy (
Se pencher sur les années 80 et délaisser les années 70 est probablement un signe de vieillissement. On ne traîne avec soi qu'une frange de passé limitée. A mesure qu'on avance dans le temps, des années de désagrègent comme des lambeaux de tissus moisis. La fenêtre de mémoire avance avec nous. On laisse derrière soi les poussières encore chaudes de souvenirs réchauffés. FIFO. Comme pour la gestion des stocks. First in first out. C'est pour ça qu'il faut se dépecher. Avant que ça ne disparaîsse. Même si tout cela est beaucoup plus complexe pour les souvenirs. Après, on le craint, bien plus tard, ça devient l'inverse. LIFO. Last in first out.
Dans Suspendus, la belle pièce de Franck-Olivier Laferrère (que l'on invite à voir jusqu'au 14 février au Théâtre de Nesle), Jeff, un des deux personnages avec l'étonnante Louise, dit au début qu'il faut écrire ses souvenirs pour ne pas les oublier. Ou quelque chose d'équivalent. Il a raison. Ca évitera de pleurer plus tard sur leur disparition. Mais on en pensera quoi, dans quinze ans, si on retrouve ces notes, ces fragments d'expression du quotidien?
Les années 80 vrillent la mémoire ces temps-ci puisque l'on a finit par comprendre la période 75-78. Restera un jour à jouer les fossoyeurs pour les deux années charnières. Responsables mais pas coupables. On n'en est même pas certain.
Tout ce gallimatias peut parraître bien obscur. Tant mieux.
(J'ai une nouvelle fois commis l'Horoscopitone du jour)
(Et pour les curieux oui c'est bien l'original du Crazy repris par REM)