vendredi 13 mars 2009

482 Je me souviens #6 (Red House Painters : Summer dress)


Red House Painters : Summer Dress (Album : Ocean Beach 1995)

Je me souviens qu'il y a presque dix ans cette chanson a en un sens changé ma vie. A la première écoute. Tout de suite j'ai su qu'il se passait quelque chose. Cette chanson et quelques autres aussi. A la même époque. Un jour tenter d'expliquer ça. Cet instant, et ceux qui ont suivis. Les bouleversements.

C'était comme de croiser le bon faisceau, au bon moment, au bon endroit. Le genre de chanson qu'on ne peut s'empêcher de remettre plusieurs fois immédiatement après l'avoir écoutée la première fois. Les quatre accords, la voix vibrante et chaude de Kozelek, le violoncelle en contrepoint, peu de choses finalement. Comme de trouver enfin la bonne porte et d'ouvrir le champ des possibles.

Il y a quelques années, je me souviens avoir écrit ce texte en pensant à cette chanson.


Elle regarde la mer et toi tu la regardes. Elle est seule. Elle est descendue de la dune d'où tu l'observes pour se rapprocher de la mer. Il fait beau mais il y a du vent, quelques nuages. Une étrange solitude flotte en ce jour de septembre. Les touristes sont partis depuis longtemps. C'est aussi pour cela qu'elle est venue. Pour les souvenirs aussi mais pas seulement.

Elle a mis sa petite robe d'été, celle qui lui va si bien et qui se boutonne par-devant. Elle a hésité ce matin, elle ne savait laquelle mettre. Puis quand elle a aperçu cette petite robe blanche avec ses légers motifs colorés elle a sourit. Elle se trouve belle dedans. Ce n'est pas tous les jours et aujourd'hui elle voulait se sentir belle. Elle aurait pu mettre la noire assez courte qui dénude ses épaules, celle qui lui plaisait tant. Mais pour aller voir la mer ça n'est pas idéal.

Cela fait longtemps pourtant qu'elle ne l'a pas mise. Elle aurait aimé savoir si elle attirait toujours le regard des hommes dans sa petite robe qu'elle trouve toujours trop courte et comme une gourde elle est toujours en train de tirer dessus pour la rallonger. Alors elle a mis sa petite robe d'été blanche.

Elle pense au temps, aux petites pâtes d'oies au coin de ses yeux. Elle ne peut s'empêcher de penser à lui, elle ne le souhaitait pas quoiqu'elle n'en soit pas certaine. Elle aimait venir là avec lui. Celui qui l'a consumée. Celui qui n'a laissé que des braises fumantes quand il est parti. Oh elle en a eu d'autres des amours. Des qu'elle croyait solides, des qu'elle pensait voir durer même si ce n'était pas ce dont elle rêvait mais elle avait envie d'y croire. Des amours qui se sont brisées comme du cristal. Elle se dit qu'elle doit être maladroite avec les choses fragiles. Du coup elle n'ose plus, même si elle voudrait bien être amoureuse. Elle pense à son âge.

Elle se dit que c'est à cause du soleil qu'elle cligne les yeux. Elle pense à eux. A ces hommes qu'elle a aimés, qui l'ont aimée. Elle voudrait savoir si parfois elle leur manque, s'ils pensent à elle. Elle voudrait tellement que quelqu'un pense à elle. Mais il n'y a plus que le vent pour passer dans ses cheveux ondulant sur ses épaules.

Elle se rapproche de la mer pour sentir sur son visage le voile léger de l'écume porté par le vent. Bien sur, elle préférerait des mains, des lèvres venant caresser son visage. Mais elle est contente de sentir cette fraîcheur sur ses joues. C'est toujours ça. Le vent la fait frissonner, elle serre ses bras contre sa poitrine. Elle sent la chair de poule hérisser sa peau, le vent frais n'est peut être pas le seul responsable. Elle passe sa langue sur ses lèvres pour sentir le goût du sel et elle reste là, face à la mer, perdue dans sa rêverie.

says a prayer as she's kissed by ocean mist
takes herself to the sand and dreams...

643 Grey sky (Gentle Despite)

Gentle Despite : Darkest blue (Album : Air balloon road 1990) On a encore perdu la lumière. Temps de campagne anglaise. Jour de vent et de ...