The Go-Betweens : Your turn, my turn (
Je ne me souviens de rien de 1981. Ou si peu. Quelques Kodachrome de vacances au Grau du Roi encore qu'il soit bien possible que les images se mélangent avec celles de 82. Quelques clichés de Camargue, de filles trop vite parties, voire même jamais arrivées. Des beaux paysages pour masquer ce qui ne s'avouait pas.
Je me souviens du 10 mai par contre. Je révisais mollement mes partiels devant la télé en attendant les résultats. Il reste le souvenir de la joie en voyant apparaitre la tête de Mitterrand. Les klaxons dans les rues, les cris, la joie. Du balcon j'ai observé l'agitation dans mes rues de banlieue en gardant un oeil sur la télé. Ils disaient à la bastille à la bastille. J'y serais bien allé mais seul je n'ai pas osé. Mes amis s'en foutaient ou votaient à droite. Je ne suis pas allé à la bastille. Avoir 20 ans en mai 81, avoir voté pour Mitterrand et ne pas être allé à la Bastille ce dimanche là, était très certainement significatif de la décennie qui allait venir.J'ai raté mon 10 mai comme j'ai raté les années 80. J'étais content pourtant ce soir, de ce changement attendu. On en espérait tant, depuis des années. La réalité ensuite sera décevante mais la réalité est souvent décevante.
Musicalement il ne reste rien non plus ou si peu. Du tout venant pas toujours très reluisant. Supertramp, Springsteen, Dire Straits, Police, sans parler de Christopher Cross et de Phil Collins qui me vaudront certainement d'aller pourrir sur les ruines de l'enfer.
Quelques restes parfois, de manière sporadique. Surtout Remain in light des Talking Heads comme une queue de comète. Mes vieux Magazine, que j'écoutais seul, comme un plaisir honteux. Je ne lisais plus la presse musicale, n'écoutais même plus Bernard Lenoir et Feedback ou rarement. Juste pour se rendre compte que j'étais largué, que ça ne me parlait plus. Si tu laisses tomber la presse ou les émissions spécialisées, l'information musicale ne te parvient que par les canaux grands publics. Fnac, radios généralistes. On voit le résultat. Il faudra attendre 82 pour l'expansion des radios libres.
De toute manière, est-ce que j'avais encore envie de ce post-punk rugueux qui n'intéressait que moi. La new wave et ses synthés me conviendrait mieux les années suivantes. Et encore, pas la meilleure... En 1981 ce n'était rien. Ou si peu.
Pendant que je végétais musicalement, les Go-Betweens enregistraient leur premier album au fin fond de leur Australie et sortait ce single. Je ne suis pas certain que grand monde aura remarqué ce disque à l'époque. C'est plus les Inrocks qui leur auront donné le statut de groupe culte quelques années plus tard à l'époque où le magazine était mensuel et pertinent. Il n'aurait peut être pas fallu grand chose pour ne pas les rater mais parfois même les yeux ouverts on est aveugle.Les Go-Betweens étaient encore un trio à leurs début, beaucoup plus proches d'un post punk Velvetien proche des Feelies avec des angles plus arondis, moins rugueux, mâtiné de Jonathan Richman. A partir de leur 3 ème album ils adouciront leur musique sans pour autant la pervertir pour finir par aboutir au fabuleux 16 lovers lane. J'en étais bien loin de toute manière, en 81 comme en 88.
1981, je n'écoutais rien ou si peu. On pourra écouter les post punk mixes de Musicophilia consacrés UNIQUEMENT à 1981, pour se rendre compte de la richesse de cette année là et de ce que j'ai eu à rattraper bien plus tard.
Il reste quand même de l'automne 81, des images étranges, un peu froides et humides, de ma chambre et les chansons solitaires et douces amères du premier album de Kate Bush en décalage temporel. Elle chantait Ah feel it feel it my love. Je n'étais pas certain de ce que je ressentais.
1981. Si l'on pouvait choisir une année à revivre dans sa vie je choisirais celle-ci, justement parce que je n'y ai rien vécu. Ou si peu.