The New Year : Disease (Album : The End is near 2004)
Les disques des frères Kadane (Matt et Bubba) sont de ceux que l'on s'échange presque sous le manteau, entre initiés. Un peu comme ces photos pornographiques que l'on regardait parfois dans la cour au collège, en 5 ème ou 4ème, il y a si longtemps, Neil Young n'avait pas encore enregistré On The Beach. Pourtant ils mériteraient qu'on s'attarde sur leur musique. Avec Bedhead déjà, qui aura traversé les années 90 comme une comète, et leurs disques indispensables au même niveau que ceux des merveilleux Codeine ce qui n'est pas peu dire. Ensuite avec The New Year, fondé après l'arrêt de Bedhead, où ils ont emmené leur musique sur un versant un peu moins slowcore.
Les guitares délicates, la voix comateuse et souvent monotone, l'ambiance cottoneuse, les déflagrations électriques subites, la mélancolie à fleur de peau, on ne dira jamais assez l'influence de Bedhead sur la musique d'Arab Strap et de Mogwaï bénéficiant pourtant d'une notoriété bien plus importante. Avec The New Year, les frères Kadane allègeront un peu leurs chansons avec une production discrète mais plus fournie qu'avec Bedhead. Ils pousseront aussi leurs guitares un peu plus dans le rouge.
Il y a dans cette chanson, un instant hors du temps, très personnel et inexplicable, qui me transperce le corps à chaque écoute, à 2mn20s, quand le tempo s'accélère et entraîne les guitares dans ce tourbillon éphémère I don't know about God But I'm sure there's a devil, avec ces cymbales qui crissent dans le fond. Je pourrais me passer ce morceau indéfiniment, juste pour cet instant là, pour ces quelques secondes avant que la chanson ne se dirige vers la porte de sortie.
On n'en dira pas plus. Peut être après tout, que l'on se l'écoute sous le manteau ce disque, de peur que la lumière ne l'oxyde et lui fasse perdre ainsi sa saveur. C'est peut être pour cela, qu'il faudra continuer à l'écouter en catimini. Sans rien dire, à personne.