Low : (That's How You Sing) Amazing Grace (Album : Trust 2002)
C'était l'été de la canicule. A la nuit, dans l'impossibilité de dormir, on se figeait dans une quasi immobilité, évitant le moindre geste, dans le peu de courant d'air traversant la pièce, les bras décollés du corps. Trust sur la platine. Parce que la voix au début d'Amazing Grace I knew this girl when I was young filait des frissons même dans cette chaleur caniculaire. Comme presque tout l'album.Le tableau était probablement étrange, dans le noir, les bras écartés, toutes fenêtres ouvertes, et cette musique d'une beauté étonnante.
Low c'est l'apologie de la lenteur, comme ces particules de poussière en suspension l'été, dans les rayons de lumière filtrant par les volets à claire voie de ces maisons du sud. Lentes. Comme figées. S'animant parfois le temps d'un souffle. Et lentement retrouvant leur immobilisme. La danse lente de la poussière dans le soleil a quelque chose d'aussi fascinant que la musique de Low. Il suffit d'écouter The Lamb pour s'en rendre compte. Ou cette chanson, Amazing Grace, qui sonne comme une cathédrale.
And I closed my eyes like Marvin Gaye, les disques de Low font partie de ceux que l'on écoute les yeux fermés, presque recueilli, tellement la beauté de leurs chansons poussent au silence. Ce silence, élément essentiel de leurs chansons. Avec la voix d'ange de Mimi Parker.
Après cet album, il y aura ce coffret indispensable A Lifetime of Temporary Relief, puis ensuite un peu moins de grâce dans les chansons. Il en reste, en dix ans, puisque l'on parle de décennie, 1994-2004, des albums aux chansons comme des confidences nocturnes, miniatures ciselées aux traits épurés, provocant la contraction du muscle arecteur des poils, les faisant se dresser sur la peau.
(au passage, encore une pochette rouge...)