Other words 47 : Sophia : Oh my love (Album : People are like seasons 2004)
"[...] quand un un doigt pervers s'enfonça impérieusement entre ses omoplates, os saillants et triangulaires dont la forme attestait son passé d'ange, dissimulant sous l'étoffe de sa veste ses origines divines avec la pudeur et la modestie, comme les gens bien nés rotent à la fin du repas pour faire une bénévole concession sociale à un monde de péquenots.
[...] Est-ce que je m'aime ou est-ce que je ne m'aime pas, pensa-t-il, jusqu'à quel point est-ce que je m'accepte et où commence en fait la censure de ma révolte?
[...]Tant que je ne le fais pas, je peux toujours croire que, si je le faisais, je le ferais bien...
[...]Ces conversations , genre caravelle miniature en filigrane, pensa le psychiatre, provoquent en moi l'exaltation admirative qu'éveillent les napperons de crochet et les peintures de manège, amulettes d'un peuple qui agonise dans un paysage résigné de chats juchés sur des rebords de fenêtres au rez-de-chaussée et d'urinoirs souterrains."
Antonio Lobo Antunes : Mémoire d'éléphant
J'aimerai, écrire comme lui, Antonio. Mélanger le passé, le présent, dans des répétitions intemporelles, dans la spirale du doute et de l'incompréhension du monde environnant. La ville aussi. Alors Lisbonne bientôt. Avec toi. Parce que peut être dans l'air de la ville flottent les particules de l'essence de son écriture je ne sais. Ou simplement pour retrouver les lieux, avenues, murs et parcs dont il truffe ses lignes. Ou dans l'espoir d'y croiser la silhouette d'un de ses personnages au coin d'une rue. Pour capturer un peu d'impalpable.
Toute la semaine, le premier album de Sophia au réveil, et je sentais son corps souple et chaud sous mes mains là, tout de suite, sans le chercher. Tout à l'heure, dans l'immeuble en face, je voyais danser les images cathodiques derrière les voilages des fenêtres, comme des manifestations fantomatiques, l'illusion entrenue de fausses présences sans relief. Comme pour me rappeler que demain matin je ne sentirai que du vide contre moi...