Ma grand-mère maternelle haïssait le mois d'août. Elle n'attendait qu'une chose : qu'il se termine. Comme si elle retenait son souffle durant 31 jours. Le premier septembre elle respirait à nouveau. Elle haïssait le mois d'août parce que pour elle les gens mourraient plus en août. Il faut dire que dans la famille il y avait eu malheureusement quelques cas pour conforter ses convictions. Si Bergman et Antonioni ont facétieusement (sic) pris un peu d'avance, Max Roach, Lee Hazlewood et d'autres encore n'auront pas passé le mois d'août, vérifiant la théorie de ma grand-mère qu'en août les gens meurent. Comme Elvis il y a trente ans et ça ne m'avait fait ni chaud ni froid.
Cette année là j'avais passé mon mois d'août trier du courrier dans le sous-sol d'une grande compagnie d'assurance. Il y avait d'autres types avec moi, plus âgés, ils m'avaient dit merde Elvis est mort. Et moi j'avais dit ouais, ouais, bon et puis quoi? Parce qu'Elvis ça ne me disait pas plus que ça. Je ne sais plus ce que j'écoutais en août 1977. Mais pas Elvis.
D'Antonioni il me reste Blow-up, et cette scène vers la fin, mythique à mes yeux, où l'on voyait les Yardbirds sur scène, avec Jeff Beck ET Jimmy Page jouant Train' kept a rollin' (enfin une version légèrement modifiée au niveau des paroles) où Jeff Beck massacrait sa guitare.
Il y a des gens quand ils s'en vont, ils emmènent un bout de leur époque avec eux...
Il y a ce disque de Max Roach aussi, avec inscrit en gros sur la pochette WE INSIST !, ce disque militant, ce manifeste musical et politique.
Des noirs et blancs silencieux et crépusculaires de Bergman au ciné club tard dans la nuit. Des chansons sucrées de Lee, sur le vin de l'été, sur des bottes faites pour marcher, d'autres encore, et des sous-pulls seventies terrifiants.
Des images, il reste toujours des images, qu'on finit par classer dans le grand livre des souvenirs.
Ma grand-mère n'aimait pas le mois d'août. Les gens meurent en août disait elle. Ca fait déjà bien longtemps qu'elle est morte. Au printemps...
Nota : L'album de Nina Nastasia et Jim White (batteur de Dirty Three, Will Oldham...), avec la saveur particulière d'un duo guitare/batterie, mérite qu'on s'y arrête. Il y a une autre chanson sur le myspace de Nina Nastasia.