361 Traces sonores : Carla Bozulich : Pissing (Album : Evangelista 2006)
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7h10 : La chaîne sur la table de chevet se met en marche. Je suis réveillé par Fire of the mind, première chanson sur The Ape of Napples, ce superbe album de Coil que j'écoutais hier soir avant d'éteindre. C'est parfois un peu étrange la sensation d'être réveillé par la même musique que celle avec laquelle on s'est endormi. Comme si la nuit avait été gommée.
7h56 : Ladies and gentlemen we are floating in space dans la voiture. J'ai eu envie de Spiritualized hier soir. J'arrive au bureau en écoutant Stay with me. Bien longtemps que je n'avais pas écouté ce disque. Il va bien avec la météo du jour.
8h25 : J'allume l'ordinateur. Drukqs. Pas envie de parole. Je commence ce compte rendu musical. Bruits de machines. Je lis les nouvelles.
9h42 : L'écoute de la musique au bureau est extrêment hachée entre les appels téléphoniques, les instants où je dois sortir du bureau ou lorsque des personnes y entrent. Sa présence est néanmoins insdispensable. Les passages lents sur Drukqs sont souvent magnifiques. Comme April 14th. Moment de calme après avoir couru dans les couloirs ce matin.
10h01 : Je mets très très rarement le lecteur en shuffle. J'ai une culture album. J'écoute un ensemble. Le shuffle n'est qu'une suite de chanson sans queue ni tête. Le choix d'un disque c'est la volonté d'installer une ambiance ou de la rechercher. Histoire de changer de paysage. Comme de changer la couleur des murs tristes du bureau. C'est pour cela que j'arrête l'Aphex Twin à la fin du premier disque. Je mets les Television Personalities, besoin de ce chant à limite, de cette fragilité étrange.
10h04 : Ah la chanson de mercredi. Je regarde par la fenêtre la rue humide de pluie fraîche. Ca sent l'Angleterre. Comme ce disque.
11h02 : Je reprends l'écoute du T.P après une intervention en C.E. C'est le disque du jour. La musique qui va avec le suintement des pneus sur l'asphalte mouillée derrière la vitre. (Diary of a young man, I know where Syd Barrett lives)
11h27 : Changement d'univers. Je sais que je vais me lasser rapidement des jeunes garçons d'A place to bury stranger mais en attendant j'aime bien leur disque. Le rythme s'accélère, il faudrait que j'avance. Du mal ce matin.
11h45 : Another step away à un petit coté Spiritualized en fait. Je n'avais pas remarqué avant.
12h18 : Je vais me chercher à manger. Reprise du Spiritualized où je l'avais laissé ce matin dans la voiture. Penser à écouter A&E (le nouvel album). La pluie redouble d'intensité. Constat amer de n'avoir aucun disque des Spacemen 3 à la maison...
12h36 : Je mange avec l'Evangelista de Carla Bozulich. J'écoute ce disque quasiment tous les jours au bureau depuis la semaine dernière. Obsession passagère. Sa plainte donne l'impression de racler les murs avec des ongles de métal. Ca doit être ce qui me plait dans ce disque.
13h16 : Tout le monde est parti déjeuner les couloirs sont calmes, j'en profite pour mettre un vieux Morphine. Encore un disque qui s'accorde parfaitement avec la pluie.
13h19 : The saddest song est toujours aussi chargée de souvenirs vécus ou non. C'est la voix de Sandman passant sous la peau qui fait cet effet là.
13h33 : I can tell you taste like the sky cause you look like rain... c'est vrai que c'est beau la pluie. Plus elle est forte et plus elle est belle.
13h56 : La fin du Morphine me surprend alors que mon regard se perdait sur le triangle d'herbe pelée situé sous ma fenêtre. Le problème au travail c'est que mon choix est limité par la (petite) taille du disque dur. Je ne sais pas trop quoi mettre.
14h02 : Spiderland sera parfait pour ne pas trop déranger ma torpeur tout en me maintenant éveillé.
14h18 : J'arrête le Slint pour mettre Where you been. Obsession dinausorienne du moment.
15h41 : Forcément en étant dérangé toutes les 5mn j'ai parfois des disques qui durent tout l'après-midi. Après quelques tergiversations je mets Windsor for the derby que je n'écoute finalement qu'au bureau. Peut être parce que cette musique va bien avec la lassitude de l'après-midi.
17h43 : Enfin un peu de calme. L'excellent Elephant Eyelash. Dehors les sirènes des ambulances hurlent à tout va dans le flot incessant des voitures. Ce temps humide irait bien avec une campagne herbeuse et sereine.
17h51 : Je me demande si cela sert à grand chose de mettre de la musique ici. Je crains que personne n'écoute. Personne en tout cas n'a encore remarqué que la chanson du jour n'était pas accessible... pourquoi j'ai laissé passer cet album de Why? lorsqu'il est sorti? Why? Justement.
18h37 : Light leaves, la dernière chanson de ce disque est vraiment superbe.
18h42 : Je finis la journée au bureau avec Imperial wax solvent de The Fall. Je serais incapable d'expliquer pourquoi j'écoute ce disque. The Fall c'est toujours bien quand on ne sait plus quoi écouter.
18h51 : I'm a fifty year old man braille Mark E. Smith... je pourrais chanter ça aussi bientôt... ça risque d'arriver vite... quand j'avais 20 ans je n'arrivais même pas à imaginer ce que je pourrais être à 40... à 20 ans on savait qu'on allait changer, on n'imaginait que du mieux... à l'approche de la cinquantaine on ne voudrait surtout plus changer... rester comme ça serait déjà bien...
18h59 : Il est l'heure de retrouver Spiritualized dans la voiture pour rentrer à la maison.
19h57 : J'upload Pissing et l'écoute en même temps. Combien de personne écouteront cette chanson.
20h39 : Je dîne ou plutôt grignote pendant que le beau Fading trails de Magnolia Electric Co. tourne sur la platine. Encore un disque humide puisque la journée s'y prête...
20h56 : Le clic-clic typique du bras au bout du sillon m'oblige à me lever pour mettre la 2ème face. Jason Molina a dans la voix une souffrance masquée.
21:11 : Le dernier Cloudland Canyon me fait penser à Neu !
21:32 : Y a t'il une raison à cette boulimie musicale? A ce refus du silence? Sonic Youth accuse Ted Hughes. Presque l'album idéal de là tout de suite maintenant. Comme dit Joseph, [...]à le fréquenter si assidument [Sonic Youth], on ne voit surgir ni ses rides, ni les nôtres. Mon visage dans la glace tendrait malheureusement à prouver le contraire...
22:28 : L'heure avance et pousse au calme. Il y a des soirs ou pour évacuer le stress (somme toute relatif mais néanmoins présent), je mets la tête dans un seau de bruit, d'autres ou la sérénité est de mise. Rest porte bien son titre. Même si je lui préfère son précédent. Gregor Samsa est de toute manière un nom de groupe parfait pour qui aime Kafka.
22h54 : Il y a des disques qu'on voudrait aimer mais malgré plusieurs écoutes cela ne passe pas. Le dernier Gregor Samsa en fait partie. Du coup je me finis au David Karsten Daniels.
23h22 : L'heure d'aller lire au lit et de terminer cette note inutile et sans intérêt. Témoignage d'une addiction auditive et musicale. Reste à choisir le disque pour accompagner ma lecture... et qui me réveillera demain matin...