jeudi 4 septembre 2008

400 Si rien ne bouge : Mark Kozelek : Bad boy boogie (Album : What's next to the moon 2001)

    (400)

En ce moment, je me sens un peu comme un manchot qui voudrait jouer au basket.
Dans la voiture, Ben Gibbard chantait quelque chose à propos du Bixby Canyon bridge, à Big Sur, là où Lawrence Ferlinghetti avait sa maison, celle qu'il prêtait à Kerouac, ce canyon terrifiant sur le Pacifique qu'il décrit dans Big Sur, justement. "Mais vous levez les yeux vers le ciel, la tête renversée en arrière, bon Dieu, vous êtes là, juste au dessous de ce pont vertigineux..."
Des gouttes de pluie molles et paresseuses s'écrasaient sur le pare-brise. Je pensais à la 400ème chanson. Je me demandais. La 401ème et la 402ème aussi. Un peu comme la mille et deuxième nuits du conte. La chanson idéale c'est toujours celle que l'on ne connait pas encore.

Je me sens un peu comme un manchot qui voudrait jouer au basket. Je n'arrive à rien. J'ai des histoires dans la tête, des morceaux de fil les reliant, des disques, des bons des moins bons, la banlieue d'avant, celle où il y avait des boulangeries et des épiceries partout, des garçons, des filles. Des histoires de temps perdu et puis pas un mot sur la feuille. Rien. Je ne sais pas. Ca ne sort pas. Rien. Peut être qu'il s'est trop évaporé le passé.

Kerouac ne se serait pas posé tant de question. J'ai vu l'autre jour, il n'y a pas si longtemps, je ne sais plus où, une photo du bus des Merry Prankster de Ken Kesey, celui que raconte Tom Wolfe dans Acid test, une photo de l'intérieur du bus, avec surtout Neal Cassady torse nu, impressionnant. Il a conduit ce foutu bus de grillés au LSD pendant un paquet de kilomètres. Peut être même plus que n'en a fait son avatar Dean Moriarty dans Sur la route. Pourquoi je pense à ça... le Bixby canyon oui voilà, la chanson des Death Cab for cutie... Mais ça ne sera pas ma 400ème chanson. Ca ne s'explique pas c'est ainsi.

Un manchot qui voudrait jouer au basket. Je vais finir par les écrire comme un pied ces histoires et puis ça ira à la benne. C'est surtout pour raconter la ville, celle qui n'existe plus, quand il y avait encore de la mousse verte entre les pavés des trottoirs. On verra bien.

La 400ème chanson. Je n'arrive jamais à prendre la première qui passe. Par ricochets hasardeux j'ai pensé que la 400ème ça pouvait être Steely Dan, le nom d'un godemichet dans Le festin nu de William Burroughs, le vieux Lee de Sur la route. On bouclerait avec le Bixby Canyon. Quand même pas Steely Dan non. Tout ça c'était hier. Parce que ce matin j'ai écouté du Funkadelic en boucle au bureau. Le premier. Au son sec.

Un manchot qui voudrait jouer au basket. Tout ça pour raconter des histoires de filles jamais embrassées il y a plus de trente ans, ou de copains fans de Deep Purple ou Satus Quo. Status Quo quoi merde. J'ai jamais pu leur expliquer que ça ne valait rien. Ils gueulaient quand je mettais Neil Young, je n'écoutais que ça cet automne là, celui où l'on avait tous les trois acheté le même caban noir, les mêmes chaussures imitation Weston à glands... on marchait à trois de front sur les trottoirs, ceux où poussait encore de la mousse entre les pavés. Fallait en être un de gland pour porter des pompes pareilles et pour écouter Status Quo des mercredi après-midi entiers avant que je ne réussisse à placer autre chose sur la platine. Des manchots qui voudraient jouer au basket.

La 400ème chanson... j'aurais dû repiquer un Status Quo d'un des deux vinyles qu'ils avaient réussi à me faire acheter et que je n'ai jamais revendu d'ailleurs je n'ai jamais revendu un seul vinyle. C'était plus pour leur plaire, écouter la même chose qu'eux, je n'en sais rien finalement pourquoi surtout maintenant, mais ils avaient réussi ceux deux salauds, j'ai toujours été faible alors à quinze ans je ne t'en parle même pas. Je suis certain qu'après tout ce temps il n'y en a aucun des deux qui a un Neil Young chez lui. Les salauds.


(et l'original de Bad Boy Boogie ressemble à ça ! )

643 Grey sky (Gentle Despite)

Gentle Despite : Darkest blue (Album : Air balloon road 1990) On a encore perdu la lumière. Temps de campagne anglaise. Jour de vent et de ...