Yo La Tengo : Everyday (Album : And Then Nothing Turn Itself Inside-Out 2000)
Ten years gone... Il n'y a que quelques jours que j'ai pris conscience que la décennie actuelle était en train de s'éteindre. La plus dingue décennie que j'ai vécue. La plus dure aussi peut être par moments, mais la plus belle, sans hésitation aucune. La plus belle. Ça m'est revenu en pleine figure parce que tout le monde fait son top des albums de la décennie. Avec plus ou moins de succès. Finalement comme souvent, ce sont les blogs qui s'en sortent le mieux, parce que les disques choisis représentent quelque chose pour les personnes qui en parlent. Comme ici ou là (ailleurs aussi sûrement).
Je me suis dit que je pouvais aussi, revenir sur mes albums de la décennien, en quelques lignes, en quelques souvenirs. Pas de classement, pas de méthode (sic), pas de chronologie (sic)(again)(ah ah). Il y aura même des albums antérieurs à l'année 2000, cette fameuse année 2000. Pas de top 10 ou top 20 ou quoi que ce soit. Je ne sais même pas combien il y en aura. Ça nous occupera pour le mois de décembre...
Juste des disques de ces dix dernières années, des disques importants pour moi. Des disques parfois mineurs parfois non, des disques avec lesquels j'ai traversé cette décennie. Le précédent en fait aussi partie, comme un avant goût. Mais cette chanson là est bien la première.
Pas de chronologie, mais lorsque ce disque est sorti en février 2000 c'était probablement un des premiers grands disques de cette année qui n'avait pas vu tous les systèmes informatiques s'effondrer comme tous les alarmistes le craignaient. Cette chanson était aussi ma première chanson de Yo La Tengo totalement inconnu auparavant. A tort. C'était comme un réveil. Comment j'avais pu hiberner aussi longtemps. Pas certain qu'il soit dans beaucoup de classements ce disque. Et pourtant...Ce qui est étonnant c'est de voir comme la pochette ressemble à ma situation à cette époque là. Cet homme debout à droite, devant la maison éclairée, à la nuit tombée, qui semble attendre qu'on le laisse rentrer, ou qui semble partir ce n'est pas évident, on ne sait pas trop, mais je ne faisais que ça à l'époque, attendre. Et puis partir. C'était l'hiver il faisait froid, c'était à peine si je touchais à nouveau terre après la folie des derniers mois de 1999 aux stigmates indélébiles.
J'ai cette chanson tatouée sous la peau, là où personne ne peut voir. Les notes étirées de la guitare jouées à l'E-bow, le rythme de la batterie sur les toms, les voix en harmonie comme un filet de vent s'engouffrant dans le blouson au moment du départ mais pas seulement. I want summer sad songs behind me . Il n'y avait rien qui pouvait sonner plus juste. Comment j'avais pu ignorer cette musique aussi longtemps.
When Monday comes I want nothing, Come Tuesday morning I want the same, je vivais comme ça, que pour le week-end, et encore pas tous, le reste n'était que long distance phone call et c'est tellement plus joli dit en anglais. Our way to fall à suivre n'était que la deuxième lame, celle censée couper avant qu'on ne se rétracte. Ces deux chansons là suffisaient. Le reste ensuite importait peu mais il était à la hauteur de cet incipit.
Ce n'était peut être pas ma première chanson de la décennie mais c'était juste comme un rayon de soleil au matin venant te frapper le visage avec la sensation terrible d'être heureux de vivre. Ça n'arrivait pas tous les jours. Mais ce jour de février à la première écoute de cette chanson, c'était ça. Ça, et rien d'autre.